—Oh! ceci, mon beau, est un secret.

—Un secret, bellissime, entre vous et moi?

—Que vous importe? vos mœurs seront vengées!

—Ma présomption m’avoit poussé à me croire plus près de votre confiance; madame, ne vous complaisez pas à vous faire des demi-amis: les demi-amitiés, c’est ce qu’il y a de plus funeste au monde.

—Tout doux, marquis, ne vous blessez pas; vous savez que nous vous aimons, on vous dira tout, vilain curieux!

Mes ennemis, et ils sont nombreux, outrés de la faveur et de l’empire que, malgré la perte de son amour, j’ai conservés chez Pharaon, chaque jour font de nouveaux efforts et de nouvelles trames pour me perdre auprès de lui. Depuis un mois surtout ils se sont acharnés de plus belle, et ont imaginé, c’est la vingtième fois peut-être, pour le détacher de moi, de lui ménager des rapports avec une certaine jolie intrigante. J’en ai d’abord pris de l’alarme, mais aujourd’hui j’ai presque l’assurance qu’elle ne me supplantera pas: Pharaon m’en a mal parlé; il la trouve sans esprit; elle l’ennuie. Pour l’en dégoûter parfaitement, la moindre nouveauté suffiroit; mais nous sommes dans la disette; au Parc il n’y a que deux ou trois petites filles que l’on élève à la brochette, mais rien de mur à cueillir. Ne vous semble-t-il pas....

—Oh! la délicieuse idée! Oh! la divine inspiration, madame!

—Vous ne pensez pas que cette fille puisse être ou puisse devenir dangereuse pour moi? Ce n’est pas une personne habile, dissimulée, ambitieuse?

—Soyez tranquille, madame, c’est une enfant ignorante de tout; d’ailleurs, pauvre, étrangère, abandonnée, que voulez-vous qu’elle fasse? Je redouterois plutôt son sot orgueil.