A l’entrée du chœur, agenouillée, prosternée jusques à terre, le front appuyé sur ses doigts entrelacés, elle pleuroit, et le pavé devant elle étoit mouillé de ses larmes.
Quatre hommes à mine sinistre rôdoient à l’entour, et de temps à autre chuchotoient entre eux. Celui qui sembloit le capitaine promenoit sans cesse ses regards de lady Déborah à une miniature qu’il tenoit à la main, comme s’il eût été occupé à faire une confrontation.
Une querelle s’étant élevée entre eux, le bruit de leur voix arracha Déborah à son abstraction; elle se releva, jeta les yeux de leur côté et les détourna aussitôt avec un mouvement de surprise et d’effroi.
A peine s’étoit-elle prosternée de nouveau contre les dalles, afin de cacher son trouble, qu’un des hommes s’approcha doucement et lui jeta dessus un vaste manteau. Ils la roulèrent dedans, l’enveloppèrent comme on fait d’un cadavre, et l’emportèrent sur leurs bras malgré ses cris et ses sanglots étouffés.
Au portail, ils la jetèrent dans un carrosse qui les attendoit, et les chevaux partirent au galop.
Ensevelie ainsi, Déborah seroit morte; ils la désenveloppèrent aussitôt, et lui mirent seulement un bandeau sur les yeux.
Quand ses esprits lui furent revenus, elle demanda en quels lieux on la conduisoit; les hommes ne lui répondirent point, et durant toute la route ils ne proférèrent pas une parole.
Après avoir fait mille détours et mille circuits, sur la fin du jour le carrosse s’arrêta; une porte et la portière s’ouvrirent; on invita Déborah à descendre, en la guidant par la main, mais elle s’y refusa en disant: Je ne bougerai pas que je ne sache où vous m’entraînez.—On l’emporta de force jusque dans un vestibule; là, entendant un lourd guichet se refermer derrière elle, épouvantée, elle poussa un cri déchirant, et tomba défaillante sur les genoux.
—Au nom de Dieu, répétoit-elle, joignant ses deux belles mains, ayez pitié de moi, ne me tuez pas sans m’entendre! car je sais bien que je suis destinée à la mort, car je sais bien qu’elle est suspendue sur ma tête; j’ai senti le vent de la hache. De grâce, ayez pitié de moi! Ce n’est pas que je redoute le trépas, ce n’est pas que je tienne à la vie maintenant qu’on m’a tué mon époux! Ce n’est pas que je sois lâche; non! non! j’ai assez de courage pour mourir! ce n’est pas pour moi que j’implore pitié, c’est pour l’enfant que je porte en mes entrailles, car je suis mère!... ayez pitié de lui!...
Tout resta muet autour d’elle, et sa voix seule, grossie par l’écho, gronda long-temps dans l’escalier sonore.