Ici Pharaon se leva nonchalamment et se promena avec indolence.
—Oh! gouverner un peuple! quel supplice! quel enfer! Quel fardeau qu’un sceptre! Je romprai sous le poids.
—Mignon, ne suis-je plus là pour vous aider à supporter votre couronne? Vos ministres vous ont-ils donc touts abandonné?
—Oh! l’Espagnol Charles-Quint fit bien d’abdiquer l’Empire!... Je l’abdiquerai comme lui!
On empoisonne mes jours. Cette nuit, on avoit oublié mon en-cas; ce matin j’ai fait un déjeûn détestable.
La royauté est chose dure et cruelle en ces temps mauvais! Tout se regimbe contre elle, elle n’a plus de subjects, elle n’a plus de serviteurs. Où chercher du respect et de l’obéissance?
Le thrône a perdu son prestige, ce n’est plus rien: maintenant un thrône est un thrône, un Roi est un Roi, pas plus!
Désormais qu’on ne me serve plus à dîner de la rouelle de veau; le veau est une viande visqueuse; elle me fait mal.
Le présent est sombre, mais l’avenir m’effraye plus encore. La philosopherie a corrompu le peuple. Tout me brave!... Je suis malheureux!...
Ma personne inviolable et sacrée a été outragée.... Pompon, toi qui es soigneuse de ma gloire, venge-moi!