Madame, on doit pardonner.—Sous la même voûte, lié à la même chaîne, souffre en silence mon ami, mon frère, mon Patrick, ce même Patrick à qui vous accordâtes autrefois la rémission de ma faute; veuillez, madame, reverser sur lui toutes les prières que je viens de vous adresser en mon nom! veuillez faire comme si deux voix unies vous eussent implorée! Je voudrois m’acquitter envers lui. Jetez-moi sa grâce, madame, au nom de votre frère que vous chérissez, au nom du marquis de Marigny! Soyez généreuse; pardonnez-lui! Si vous daignez être bonne pour moi, soyez meilleure encore pour lui, je vous en supplie! Si je l’osois, si je ne craignois de vous blesser, je vous dirois ce qu’il vaut.... Grâce! grâce pour lui, madame! Au nom de votre frère, grâce pour mon frère, madame! Si ces deux bonnes charités vous étoient impossibles; si votre cœur ne pouvait faire ce double effort; si votre pitié ne devoit couvrir de son manteau que l’un de nous deux et laisser l’autre nu, je vous en prie, madame, oubliez-moi et soyez toute pour Patrick.

Madame, attachez à mon pardon la condition que vous voudrez; quelle qu’elle soit, je m’y soumettrai comme à un arrêt du Ciel: je serai votre esclave fidèle, et vous servirai à genoux, et je coucherai en travers de votre porte.—Je quitterai à jamais la France.—Si vous succombiez au mal qui vous possède, je porterai ma vie durante votre deuil, et j’irai touts les jours que Dieu fera prier à deux genoux sur votre tombe!...

Grâce! grâce!... La face contre terre, grâce!... Madame, la prison me tuera; le chagrin m’a déjà ruiné.... Oh! qu’il me seroit doux de revoir un arbre, de revoir une herbe des champs, un oiseau, un cheval;... d’entendre un clavecin, de presser la main d’une femme!... d’une amante!...

Madame, on doit pardonner. J’ai une pauvre mère de soixante et onze ans, qui a besoin de mon secours, et qui compte comme moi ses moments par des larmes. Madame, daignez mettre fin à notre désolation; je vous ai toujours souhaité du bien, et, en reconnoissance, je vous en souhaiterai toute ma vie.

Grâce pour Patrick, madame, grâce pour moi! grâce au nom de votre frère!

Je suis, avec vénération, respect et soumission,

Madame,

Votre très-humble et très-obéissant

serviteur et sujet,