Là, une troupe de matelots, comme des Maures, appuyés sur leurs longues carabines, faisoient le guet sur le bord du rivage.
A la vue de Déborah, ils ne purent retenir un cri de joie. Touts se prosternèrent, et Déborah se jeta la face sur le sable.
Jamais cantique ne fut plus solemnel, jamais encens ne s’éleva jusqu’à Dieu plus pur et plus suave, que ce silence d’actions de grâces.
Puis on s’élança dans les canots, on joignit le sloop, on mit à la voile, et, avec la vélocité d’un pirate, on gagna la haute mer.
Déborah ne voulut prendre aucun repos, et, avec tout l’équipage, elle demeura sur le pont du navire, épiant l’aube, pour solemniser le jour de sa délivrance et voir le soleil levant éclairer de ses rayons sa liberté.
Vingt siècles auparavant, après l’expulsion de Denys le Tyran, les Syracusains avoient rendu ce touchant hommage à cet astre, et étoient allés le saluer à son lever, pour lui apprendre qu’il éclairoit enfin, et lui jurer que désormais il n’éclaireroit plus qu’un peuple libre.
Dès que les vigies eurent crié du haut des huniers: Soleil! Soleil! Soleil! et que le roi des cieux eut levé sa tête à l’horizon et secoué sa crinière d’or sur les mers, Déborah prit son fils dans ses mains, et, le suspendant fièrement au-dessus de sa tête, elle le lui présenta face à face.
Et touts les matelots, agitant leurs chapeaux et faisant flotter leurs ceintures, entonnèrent d’une voix grave cet hymne à la patrie:
Irlande, notre mère, tu souffres, l’Anglois t’a chargée de chaînes; mais toujours tu es belle! mais nous t’aimons toujours!
Il t’a plongé un couteau entre les deux mamelles, et sans cesse il retourne ce couteau dans la plaie; ton sang se mêle à ton lait, et tes larmes à ton sang.