—Barbare! quoi! vous avez tué ce bel enfant!... s’écria alors madame de Villepastour avec un geste d’effroi—horrible, et se laissant tomber sur la poitrine de Vengeance, que déjà le sang inondoit.

—Jasmin, dit là-dessus M. le marquis, sans aucune marque d’altération ni de trouble,—j’ai la main meilleure encore que je ne pensois.

Madame de Villepastour fut détachée du corps de Vengeance, qu’elle tenait embrassé en versant d’abondantes larmes, et ramenée au château par Célimène, où les plus tendres soins ne pouvoient la rendre à ses esprits, tandis que Jasmin, aidé de M. de Villepastour, conduisit le cheval de Vengeance dans l’épaisseur d’un bosquet, l’y attacha,—cacha sous un fourré le jeune mort,—et poussa du sable avec le pied sur la mare de sang répandu.

—Ceci, Jasmin, n’est que provisoire.... La cloche appelle; viens.—Nous reviendrons ce soir quand nous aurons avisé à ce que nous devons faire de ce butin.

A la nuit, en effet, M. le marquis et Jasmin reparurent.—Après avoir tiré du bosquet le cheval, ils chargèrent sur la selle le cadavre, puis, l’ayant lié avec de bonnes cordes, ils conduisirent hors du parc, par une porte pour ainsi dire dérobée, ce lugubre équipage.—Là, ayant frappé chacun avec un caillou sur les flancs du cheval, l’animal, qui hennissoit à l’odeur du sang, s’emporta et s’enfuit—épouvanté.

En regardant partir cette triste cavalcade, M. de Villepastour ne put se défendre d’un mouvement de regret.—Pauvre garçon!... fit-il.—Est-ce pas, après tout, Jasmin, qu’il étoit beau et brave! Que c’étoit après tout un jeune preux!

—Preux ou non, rentrons, monsieur le marquis, et souhaitons-lui un bon voyage.—Bonne chance, mon drôle! En voilà un du moins, cher maître, qui, voyageant à dos de mulet, ne craint pas qu’on lui prenne ou la bourse ou la vie.

—Connois-tu, Jasmin, l’histoire de Mazeppa?

—Non, maître.

—La besogne que nous venons de faire m’y fait songer:—je te conterai ça.