Le timbre fêlé du manoir ayant dit une heure du matin, Déborah, jetée toute vêtue sur son lit, se leva sans bruit et sans lumière, longea le grand corridor de la Tour de l’Est, et descendit jusqu’à une poterne ouvrant sur les fossés à sec du château. Vers l’entrée du parc, à l’aide de quelques arbustes, elle gravit sur la contrescarpe, puis, pour n’être point dépistée, au lieu de suivre la route ordinaire, menant directement à la Gorge du Diable, elle prit un sentier tortueux et presque impraticable.

Plusieurs fois il lui sembla entendre un léger bruit sur ses traces, et s’étant retournée, et n’ayant rien apperçu, elle imagina que ce pouvoit être quelque animal sauvage, ou simplement l’écho de ses pas. Le ciel étoit clair, mais il étoit impossible de rien distinguer à travers les buissons de ce sentier inculte. Parvenue au torrent, elle reconnut dans le lointain la voix de Patrick, qui chantoit une ancienne mélodie sur l’attente. A ce chant elle tressaillit de joie, et quand elle ne fut plus qu’à peu de distance du Saule creux, leur rendez-vous, elle cria le mot de ralliement habituel:

—To be!...

—Or not to be!...

répondit la voix qui chantoit. Et aussitôt un grand jeune homme enveloppé d’une cape sortit des halliers et lui vint au-devant.

—Je vous salue, Déborah pleine de grâce et d’exactitude, dit-il affectueusement en lui prenant une main, qu’il baisa.

My lord est avec moi, répliqua-t-elle en s’inclinant, je suis bénie entre toutes les femmes.

Pat, mon doux ami, qu’il me tardoit de vous revoir! Oh! si vous saviez! j’ai tant de choses à vous apprendre! tant de choses se sont passées depuis notre dernière entrevue! Pauvre ami, vous chantiez, vous aviez du contentement au cœur. Pourquoi faut-il que je vienne troubler cette félicité! Haïssez-moi, Patrick; je suis votre mauvais Génie.