—Tu ne l’acheveras jamais à coups de crosse. Tiens, Chris, prends mon épée.
—Va donc! va donc! va donc! En veux-tu encore?
—Assez, assez, Chris! tu fais comme harlequin, tu t’amuses à tuer les morts.
Neuf heures sonnent: ou m’attend pour le banquet. Essuye mon épée: rends-la-moi; et va changer de vêtement.
Lord Cockermouth rentra au salon, s’excusa de son absence, et pria ses hôtes de vouloir bien passer dans la salle du festin. Immense galerie de toute la profondeur du château, aboutissant au jardin, et y communiquant par un vaste perron en éventail. La voûte en tiers-point étoit ornée entre les nervures d’un semis d’étoiles sur fond d’outremer. Les parois étoient revêtues de lambris de chêne sculptés grossièrement. Des débris d’armures et de pertuisanes rouillées couvroient les piliers alternant les grandes fenêtres à meneaux de pierre et à vitraux coloriés.
Dans la longueur de cette galerie une table de cent cinquante couverts se trouvoit dressée avec un luxe royal. Au milieu lord comte Cockermouth étoit placé vis-à-vis de lady; à la gauche de laquelle on avoit réservé une place pour Déborah, que redemandoit sans cesse son aimable futur. Comme la comtesse s’inquiétoit fort aussi de cette absence, le comte appela Chris, et lui dit, en faisant quelques signes d’intelligence:—Allez voir si ma fille ne seroit point en son appartement, et blâmez-la de son impolitesse.
Chris, la mine ébahie, revint presque aussitôt, en s’écriant:—Mon commodore, je n’ai point trouvé mademoiselle!
Cockermouth fit un mouvement de surprise. Chris s’approcha de lui, et ajouta tout bas:—Pourtant les portes étoient fermées, et les bougies brûloient encore....
A ces mots, il pâlit, et son bras, avancé pour saisir un flacon, tomba inerte sur la table.
Toute l’assemblée remarqua le trouble étrange de son hôte.