«Encore quelques heures, et nous n’appartiendrons plus qu’à Dieu: nous serons libres!

»A demain, my dear Déborah, comme il est convenu, quoi qu’il arrive, à neuf heures précises au pied de la terrasse dans le sentier creux de Killarney; venez sans crainte, votre Patrick y sera.

»N’oubliez pas, dans le trouble du départ, ce que vous possédez de précieux; pour vous j’ai horreur du besoin.»

Placée dans la plus douloureuse alternative, ne pouvant justifier son amant qu’en dévoilant son père, et ne pouvant sauver son père qu’en immolant son amant, Déborah se renferma inexpugnablement dans cette obscure dénégation: «Patrick est innocent, Patrick ne m’a ni volée ni assassinée. Mon père n’a pas tué Patrick, car Patrick est en France.» Il fut impossible de lui arracher une syllabe de plus.

Après quelques débats insignifiants, la Cour, trouvant sa religion assez éclairée, entra lestement en délibération, et lestement, l’heure du dîner approchoit, prononça la sentence condamnant par contumace Patrick, convaincu de séduction, de rapt, de vol et d’assassinat, à la peine capitale.

A la lecture de cet arrêt, Déborah se jeta à genoux au milieu du tribunal, en criant: Grâce pour Patrick, il est innocent!...

Les juges levèrent la séance, et le comte fit emporter sa fille évanouie.

Sur le soir, MM. Templeton et Gunnerspoole accoururent au souper magnifique que lord Cockermouth avoit fait préparé pour célébrer l’arrêt mémorable de leur justice éclairée et pure. Il poussa la barbarie jusqu’à vouloir y faire assister Déborah, mais elle se révolta ouvertement, et n’y parut point.

Toute la nuit, cependant, elle fut dans la nécessité d’entendre, de son lit, où elle gémissoit, leurs éclats de rire, leurs propos effrénés, leurs joies de bas lieux.