—Non: Dieu a seulement emprisonné mon âme dans un instrument frêle et sensitif; tout ce qui le heurte l’ébranle et le fait résonner longuement, et ce sont ces vibrations que mon âme écoute.

XIX.

En effet, le lendemain matin, Patrick, plus résolu que jamais dans sa courageuse entreprise de tirer Fitz-Harris de sa basse-fosse, se rendit de fort bonne heure au château de Choisy-le-Roi, qui avoit, comme beaucoup d’autres choses royales, passé des mains de feu mademoiselle de Mailly, marquise de Tournelle, duchesse de Château-Roux, aux mains de la Poisson, femme Lenormand, dame Putiphar.

La favorite n’étoit pas encore levée: on vint lui annoncer qu’un mousquetaire du Roi lui demandoit audience. Surprise et intriguée de cette visite si matinale, elle envoya aussitôt sa femme de chambre, madame du Hausset, voir ce qu’il pouvoit être et ce qu’il pouvoit désirer.

—Je n’ai point de message à remettre à madame Putiphar, dit Patrick, je n’ai rien à demander pour moi, si ce n’est qu’il lui plaise de me faire la faveur de la voir et de lui parler un moment, faveur dont je lui garderai une reconnoissance éternelle, moment qui sera le plus doux de ma vie.

Madame du Hausset courut reporter de suite à sa maîtresse ces paroles mêmes. Il m’a dit cela, ajouta-t-elle, avec un ton d’onction et d’excellente courtoisie qui m’a séduite. Il est tout jeune, vingt ans au plus; il est beau, d’une beauté rare, plus beau que M. de Cossé-Brissac, que M. le comte de Provence; plus beau que vous! beau d’une beauté inconnue, beau à se mettre à genoux devant; c’est un Ange! c’est un mousquetaire du Paradis-Perdu.