La bienfaisance est la seule volupté de l’âme qui soit sans mélange.
Dans cette plénitude d’esprit, dans cette satisfaction douce qui rayonne dans le cœur après une bonne action, Patrick accourut à son retour apporter à Déborah la nouvelle de ses succès.—Il est sauvé! s’écria-t-il en se jetant dans ses bras; demain, j’aurai sa grâce, demain il sera libre!
Déborah partagea sincèrement sa joie. On est si heureux de voir ceux qu’on aime faire le bien; on est si sensible de leur sensibilité; on est si grand de leur grandeur.
Il n’en fut pas de même à la Compagnie: quand, au dîner, Patrick annonça qu’il avoit obtenu la liberté de Fitz-Harris, ces messieurs, tombés dans la stupéfaction, s’efforcèrent, à l’envi l’un de l’autre, d’en montrer du contentement; mais ce contentement étoit froid et guindé. Cette noble action faite par un homme qui leur prenoit de vive force leur estime, pour un homme qu’ils redoutoient, leur étoit profondément douloureuse; d’ailleurs elle leur reprochoit leur dureté et leur fainéantise.
Dans l’après-dîner, M. le marquis de Gave de Villepastour fit appeler Patrick. Il le reçut dans son bureau avec une froideur glaçante et lui parla d’un ton hautain et sec qu’il n’avoit pas coutume de prendre avec lui.
—Monsieur Fitz-Whyte, lui dit-il, depuis quelques jours il court dans la Compagnie des bruits infamants sur votre compte. La source de ces bruits est une lettre écrite du comté de Kerry à Fitz-Harris. J’en ai là une traduction, qu’il a bien voulu me faire.
En effet, Patrick reconnut l’écriture de son ami.
—Les faits sont flagrants. Vous avez vingt-quatre heures pour votre justification. Si dans ce temps vous ne vous êtes pas lavé de ces accusations ignominieuses, vous serez chassé des mousquetaires. Je ne saurois sans manquer au Roi laisser plus long-temps un malfaiteur parmi ses gardes-gentilshommes.