—Oui; et plus j'y songe et plus je m'en dégoûte: sais-tu que c'est mal?

—Pshaw! enfant, je m'engage à prendre toute la responsabilité. Voyons, sois homme. Tu sais ce dont il s'agit; notre fortune! Tu dois être persuadé de l'infaillibilité de notre moyen. Qu'est-ce qui peut donc te faire balancer encore?

—Cette poule noire.

—Eh bien, ce n'est rien, tu n'as qu'à la voler et moi je me charge du reste.

—Pourquoi ne pas l'acheter?

—Imbécile! tu sais bien qu'alors elle serait inutile. Veux-tu que je te lise encore le passage? Est-ce que tu ne t'en rappelles plus? Qu'est-ce, au fait, que de voler une poule noire! Quand bien même tu serais découvert? tu diras à ton voisin que tu voulais lui faire une plaisanterie; et puis, tout sera dit.—Pourquoi ne le fais-tu pas toi-même?

—Pas mauvais! D'abord, tu sais qu'il faut être deux, nous le sommes; mais crois-tu que je vais courir tous les risques et puis ensuite partager avec toi? Il faudrait être fou! J'aimerais autant tout garder moi-même.

—Écoute, Charles, tu connais M. B***; te rappelles-tu comme il s'est moqué de nous, quand tu lui as parlé de ton projet?

—D'accord; mais écoute à ton tour: cet homme est riche, n'est-ce pas? N'est-il pas de son intérêt de nous cacher les moyens par lesquels il est parvenu à la fortune? Tu sais qu'il a tous les livres du monde, excepté un?—Oui—Eh bien pourquoi a-t-il refusé de me les prêter? C'est qu'il craignait que je ne fisse comme lui. Comme je puis me fier à toi, je vais te confier un secret: Tu connais cette petite rivière qui serpente derrière son domaine. Je l'ai vu, moi-même, de mes yeux, à minuit, avec son fils, tous deux occupés à conjurer des esprits de l'autre monde. J'avais le cœur faible alors. Aussi je m'éloignai. Si je pouvais retrouver une aussi bonne occasion de m'instruire je t'assure que je ne la perdrais pas à présent.

—Je consens, dit Dupont.