—Je crois bien, mais ce n'est pas ce qui m'embarrasse. Si j'en trouve, j'ai enfin découvert le véritable moyen de le changer en argent.
—Ah! tant mieux pour vous, dit St-Céran,—bon secret celui-là.
—Vous seriez bien plus étonné, continua l'alchimiste, si je vous disais que s'il ne me manquait pas un livre, qu'un Français m'a promis, j'en ferais de l'or piment; et peut-être que vous ne savez pas que les plus fameux orfèvres ont de la peine à reconnaître l'or piment d'avec l'or ordinaire; ainsi, avec bien peu de peine, on parvient à leur faire prendre le change. Vous avez beau sourire—ajouta-t-il, en s'apercevant que St-Céran souriait en l'entendant terminer. Pour toute réponse, le jeune médecin fut prendre un dictionnaire de l'Académie dans sa bibliothèque.
—Je vais vous montrer, mon cher Amand, dit-il, ce que c'est que votre or piment,—et il lui lut l'article suivant:
ORPIMENT, s. m: Arsenic jaune qu'on trouve tout formé dans les terres; on s'en sert pour peindre en jaune: on le nomme aussi orpin.
Le héros le lut et le relut:—Maudit Français, menteur—murmura-t-il, entre ses dents,—et moi qui croyais tous le temps qu'il disait vrai—c'est égal, quant à en faire de l'argent, cela j'en suis sûr—à propos, dit-il, désirant changer la conversation,—vous avez écrit à Amélie, dites-le donc, vous lui proposez là un joli coup.
—Nous y voilà, se dit tout bas St-Céran, que voulez-vous, mon cher Amand, vous ne voulez pas consentir à mon mariage, et il me faut Amélie à moi.
—Me l'avez-vous demandée? est-ce que vous croyiez que j'allais vous l'offrir?—Hein! fit St-Céran, non, pas tout à fait.—Mais vous lui aviez défendu de me parler pour toujours.
—J'avais mes raisons, dit le héros.
—Alors, si je vous la demandais, me la refuseriez-vous?