Pendant le séjour du roi à Laon, vers Pâques, une rixe sanglante, heureusement sans conséquences, éclata entre ses gens et ceux de l'évêque. De là, Raoul se transporta à Soissons, où il réunit les grands vassaux (primates regni) en un plaid: une ambassade d'Henri Ier vint l'y trouver. La rencontre des deux souverains fut fixée au mois de juin, et elle eut lieu, en effet, vers le 8, sur les bords de la Chiers[281], aux confins de la Lorraine. Outre les suites nombreuses des deux princes, on vit encore paraître, à la conférence, le roi de Bourgogne Rodolphe II, sans qu'on sache au juste la cause de sa venue; peut-être était-ce en vue de régler la question du Viennois. Herbert de Vermandois se présenta devant Raoul, et, selon l'arrangement intervenu, fit sa soumission. Le roi lui rendit solennellement plusieurs des domaines occupés par Hugues, et il réconcilia les deux adversaires. Henri obtint aussi, de son côté, la soumission de Boson, auquel il rendit à peu prés la totalité de ses domaines Lorrains[282]. Ainsi Raoul avait négocié une paix définitive avec Herbert moyennant quelques concessions, dont Hugues faisait les frais, et il avait assuré la restitution à son frère Boson de ses domaines perdus. Sauf cette dernière clause, onéreuse théoriquement puisqu'elle pouvait engager la question de suzeraineté de la Lorraine, l'arrangement était fort avantageux pour Raoul.
A peine l'eut-il conclu qu'il fut rappelé en Bourgogne par une invasion hongroise. Les barbares pillèrent et brûlèrent divers monastères, notamment celui de Bèze, et à l'approche du roi, gagnèrent en hâte le midi, puis l'Italie[283]. Raoul profita du moins de sa venue pour assiéger Dijon, dont le comte Boson s'était naguère emparé et que ses gens occupaient encore[284].
FOOTNOTES:
[Footnote 213: Obituaires de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Denis et d'Argenteuil, dans Obituaires de la province de Sens, éd. A. Molinier (Recueil des historiens de France, in-4), t. I, p. xx, 254, 312 et 345.]
[Footnote 214: Flod., Ann., a. 929.]
[Footnote 215: Flod., ibid.]
[Footnote 216: Flod., Ann., a. 930; Adrevald, De miraculis S.
Benedicti, I, C. XXXIII-IV, éd. de Certain, pp. 70-75.]
[Footnote 217: Adémar de Chabannes, III, 20 (éd. Chavanon, p. 139);
Richer, I, 57; Chron. Vezeliac., a. 929 (Rec. des historiens de
France, IX, 89). Marvaud (Hist. des vicomtes de Limoges, 1873, I,
p. 67) a identifié le lieu dit «Ad Destricios» cité par Adémar avec
Estresse, près Beaulieu, dép. de la Corrèze, arr. de Brives.]
[Footnote 218: Adémar, III, 28 (éd. Chavanon, p. 149): «Willelmus …
Sector ferri, qui hoc cognomen indeptus est quia, commisso praelio cum
Normannis et neutro cadenti, postera die pacti causa cum rege eorum
Storm solito conflictu deluctans, ense corto durissimo per media
pectoris secuit simul cum torace una modo percussione …» Cf. J.
Depoin, Les comtes héréditaires d'Angoulême de Vougrin Ier à Audoin
II (extr. du Bulletin de la soc. archéol. et hist. de la Charente,
année 1904), p. 14.]
[Footnote 219: Aimoin, De miraculis S. Benedicti, lib. II, c. III et V (éd. de Certain, p.100). En fait, il n'est plus question, à partir de ce moment, que d'une simple incursion de pillards en Berry (voy. plus loin, p. 75).]