Au contraire, bleuet abrège eu, qui même se réduit à u dans bluet. D’autre part, peu s’ouvre sensiblement dans à peu près, encore plus dans peut-être, étant abrégé par le voisinage de la tonique qui est longue. Il devient même si bref et si rapide, qu’il disparaît souvent complètement dans la conversation très familière, comme si c’était un e muet: p(eu)t-êt(re) qu’il est venu[256].
Eu atone est encore fermé en tête des mots, dans eurythmie, où il est suivi d’un r, aussi bien que dans eunuque, euphémisme ou euphonie[257].
Eu est encore fermé dans jeudi, dans meunier, et parfois dans feuillage et feuillée, malgré l’ouverture de feuille; enfin dans des mots techniques ou savants, comme feudiste et feudataire, deutéronome, ichneumon, pneumonie, pseudonyme, teuton et teutonique, et les mots en-eutique et-eumatique[258].
Malgré ces exemples, on peut dire qu’en général eu atone est ouvert, notamment devant un r, mais naturellement plus bref, et par suite moins ouvert, dans abreuver que dans abreuve, dans heureux ou malheureux, fleurdelisé ou effeuiller que dans heur, fleur ou feuille; il reste pourtant ouvert et long, comme la tonique, dans la plupart des verbes en -eurer: beurrer, écœurer, désheurer, leurrer et pleurer, tandis qu’il est bref dans demeurer, fleurer, effleurer.
Signalons, pour terminer, une faute de prononciation qui ne date pas d’aujourd’hui, que des grammairiens même ont cru devoir autoriser: c’est celle qui consiste à prononcer eil au lieu de euil, à cause de l’orthographe, dans orgueilleux ou enorgueillir, qui, évidemment, ne sauraient se prononcer autrement qu’orgueil. Il est vrai qu’orgueil lui-même est parfois assez altéré; mais ceci est plus extraordinaire, et même assez ridicule. Tout de même, on est surpris d’entendre enorghé-yir jusqu’à la Comédie-Française.
IV.—LA VOYELLE O
1º L’O final.
L’o final est fermé, comme é et eu, et moyen, comme a, é et eu: adagio, numéro, domino[259].
L’s non articulé ne saurait ouvrir l’o: chaos, repos, gros, des dominos. Nos et vos eux-mêmes, quoique proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs o sont même plus longs que les autres.
Il n’en est pas tout à fait de même du t non articulé, quoique les mots en -ot se soient progressivement fermés: sans être assurément ni ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer.