Si nous passons aux autres mots terminés en -en, nous constatons que le son an ne se retrouve plus que dans la préposition en[355]. Il est vrai que dans la plupart des autres (ils ne sont d’ailleurs pas nombreux), la finale n’est plus nasale: ainsi abdomen ou gluten. Ces mots ont subi l’analogie des mots latins ou étrangers, et surtout des noms propres qui sont fort nombreux; nous les retrouverons quand nous parlerons de l’n final. Seul, examen s’est complètement détaché du groupe: sa finale, qui n’avait d’ailleurs jamais perdu complètement le son in, l’a repris définitivement depuis un siècle[356].
De plus, les poètes ont fait longtemps et font souvent encore rimer hymen avec main; mais comme le mot n’est plus d’usage courant et prend une apparence un peu scientifique, il est fort rare qu’on nasalise sa finale en prose[357].
II. EN tonique suivi d’une consonne.—La finale -ent ou -end, à consonne muette, a partout le son an: prudent, agent, ment, suspend, attend, etc., etc., et même les mots en -ient, même ingrédient, qu’on écorche parfois[358].
Il faut excepter toutefois tient et vient et leurs composés, qui ne peuvent pas se prononcer autrement que les formes voisines de tenir et venir[359].
Il en est de même de -ens, qui en principe se prononce également an dans les mots proprement français, où l’s ne se prononce pas[360]. Mais ces mots sont en fort petit nombre: gens, guet-apens, dépens, suspens, avec le substantif sens, dont l’s se prononce aujourd’hui presque partout, et les formes verbales sens, mens, repens.
Les autres mots sont des mots latins, et sont naturellement prononcés comme en latin, c’est-à-dire que en se nasalise en in et que l’s se prononce (ince): gens, delirium tremens, alma parens, semper virens, horresco referens, d’où, par analogie, labadens, inventé par Labiche. Pourtant le mot technique cens a gardé le son an, sans doute par analogie avec sens et bon sens, qui n’ont jamais varié sur la nasale[361].
C’est aussi an tout court qui sonne dans temps ou hareng[362].
Enfin c’est encore an qu’on prononce toutes les fois que en est suivi d’une syllabe muette: ainsi les finales -ente, -ence ou -ense, -ende et -endre, -emble, -embre, -empe et -emple, etc.[363].
III. EN atone.—Si nous passons à en atone, nous constatons encore que c’est le son an qui est le son propre du groupe dans les mots proprement français.
En tête des mots, il n’y a pas d’exception[364].