Restent les mots en -spect: aspect, respect, suspect, circonspect. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec bec, n’hésite pas à écrire respec et circonspec[527]. La prononciation par t seul a complètement disparu, mais les prononciations par c ou ct ont encore l’espoir de vaincre. La seconde, par ct, admissible peut-être pour suspect, est certainement la plus mauvaise pour aspe(ct) et respe(ct); l’autre, par c seul, est admissible en liaison, et même tout à fait générale dans respec(t) humain; mais, en dehors de la liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et s’en tenir à respe(ct), aussi bien qu’à aspe(ct), circonspe(ct), et même suspe(ct)[528].
En revanche, le c et le t se prononcent également dans suspecte et circonspecte: sur ce point, il n’y a pas de discussion.
Il ne faut pas assimiler aux autres mots en -spect le mot technique anspec(t), terme de marine, qui n’a pris un t dans l’orthographe que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le c doive toujours se prononcer, et toujours seul.
3º Parmi les mots en -ict, le c et le t se prononcent encore dans strict et district, et naturellement dans l’anglais verdict et convict, mais non dans ami(ct), terme de liturgie, qui n’est guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie contre l’altération.
4º Les mots en -inct ont flotté longtemps, comme les mots en -ect, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais distinct et succinct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute ne les perdront plus: succin(ct), et par suite succinte, sont surannés. Au contraire, instin(ct) résiste fort bien sans c ni t, et l’on doit encore condamner instinc(t)[529].
3º Le C intérieur.
Dans le corps des mots, le c n’a le son guttural que devant a, o, u, et devant une consonne: calibre, décoller, reculer, action, instinctif, et même arctique, où le c amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant e et i: ceci, décence, cygne, larcin[530].
On donne au c le son sifflant devant a, o, u, au moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural devant e et i, sauf le changement de eu en œu, dans cœur (c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un o), et d’autre part l’addition ou le maintien d’un u dans le groupe cueil (keuil): cueillir, accueillir, etc.[531]. Partout ailleurs le c est remplacé dans ce rôle par qu dans les mots français, par k ou ck dans les mots étrangers, comme jockey[532].
Devant une consonne, le c intérieur sonne aujourd’hui partout, même après une nasale, comme dans sanctuaire, sanction ou sanctifier[533].
Le c ne prend pas le son du g seulement dans zinc; il le prend aussi dans second et tous ses dérivés (même dans le latin secundo), qui devraient s’écrire avec un g, comme on le fait en d’autres langues[534].