FIGARO, avec une grande sensibilité.
Mon maître! il a vingt ans qu'il est dans ce sein-là, et dix que je travaille à empêcher qu'un monstre n'en abuse! Attendez sur-tout mon retour, avant de prendre aucun parti.
LE COMTE, vivement.
Penserait-il se disculper?
FIGARO.
Il fera tout pour le tenter; (Il tire une lettre de sa poche.) mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre; le secret de l'enfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. (Il lui remet la lettre de Bégearss.) Susanne! des goûtes à ta maîtresse! Tu sais comment je les prépare! (Il lui donne un flacon.) Passez là sur sa chaise longue; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur, au moins, ne recommencez pas; elle s'éteindrait dans nos mains!
LE COMTE, exalté.
Recommencer! Je me ferais horreur!
FIGARO, à la Comtesse.
Vous l'entendez, Madame? le voilà dans son caractère! et c'est mon maître que j'entends. Ah! je l'ai toujours dit de lui: la colère, chez les bons cœurs, n'est qu'un besoin pressant de pardonner! (Il s'enfuit.)