FIGARO, l'air exalté.

Et moi j'éprouve qu'un bon repentir est comme toute bonne action; qu'il porte aussi sa récompense.

BÉGEARSS.

En quoi?

FIGARO.

J'ai le bonneur de m'assurer qu'il est ici plus d'un généreux homme. Oh! que le Ciel comble les vœux de deux amis aussi parfaits! Nous n'avons nul besoin d'écrire. (Au Comte.) Ce sont vos effets au porteur: oui Monsieur, je les reconnais. Entre M. Bégearss et vous, c'est un combat de générosité; l'un donne ses biens à l'époux; l'autre les rend à sa future! (Aux jeunes gens.) Monsieur, Mademoiselle! Ah! quel bienfaisant protecteur, et que vous allez le chérir...... Mais, que dis-je? l'enthousiasme m'aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante? (Tout le monde garde le silence.)

BÉGEARSS, un peu surpris, se remet; prend son parti, et dit:

Elle ne peut l'être pour personne, si mon ami ne la désavoue pas; s'il met mon âme à l'aise, en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n'a pas un bon cœur, que la gratitude fatigue; et cet aveu manquait à ma satisfaction. (montrant le Comte.) Je lui dois bonheur et fortune; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le porte-feuille; je ne veux avoir que l'honneur de le mettre à ses pieds moi-même, en signant notre heureux contrat. (Il veut le reprendre.)

FIGARO, sautant de joie.

Messieurs, vous l'avez entendu? vous témoignerez s'il le faut. Mon maître, voilà vos effets; donnez-les à leur détempteur, si vôtre cœur l'en juge digne. (Il lui remet le porte-feuille.)