Le révérend Spardek eut un pudique sourire.

—Hé! hé!—répéta M. Le Mesge.

Mon gobelet était vide. Une seconde, j'eus la tentation de le lancer à la tête de l'agrégé d'histoire. Mais, baste! je le remplis et le vidai de nouveau.

—M. Morhange ne goûtera que par cœur à ce délicieux rôti de mouton,—fit le professeur, de plus en plus égrillard, en s'adjugeant une large tranche de viande.

—Il n'aura pas à le regretter,—dit l'hetman avec humeur.—Ce n'est pas du rôti: c'est de la corne de mouflon. Vraiment, Koukou commence à se moquer de nous.

—Prenez-vous-en au révérend,—riposta la voix aigre de M. Le Mesge.—Je lui ai répété assez souvent de chercher des catéchumènes autres que notre cuisinier.

—Monsieur le professeur,—dit avec dignité M. Spardek.

—Je maintiens ma protestation.—cria M. Le Mesge, qui, dès cette minute, me parut un peu gris.—J'en fais juge monsieur,—continua-t-il en se tournant de mon côté.—Monsieur est nouveau venu. Monsieur est sans parti pris. Eh bien, je le lui demande. A-t-on le droit de détraquer un cuisinier bambara en lui bourrant tout le jour la tête de discussions théologiques auxquelles rien ne le prédispose?

—Hélas!—répondit tristement le pasteur,—comme vous vous trompez. Il n'a qu'une propension trop forte à la controverse.

—Koukou est un fainéant, qui profite de la vache à Colas pour ne plus rien faire et laisser brûler nos escalopes,—opina l'hetman.—Vive le pape,—hurla-t-il en remplissant les verres à la ronde.