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Maintenant Antinéa est entre mes bras. Ce n'est plus l'altière, la méprisante voluptueuse que je presse sur mon cœur. Ce n'est plus qu'une petite fille malheureuse et bafouée.
Telle est sa prostration: elle ne s'est pas étonnée de me voir surgir à côté d'elle. J'ai sa tête sur mon épaule. Comme le croissant lunaire dans les nuages noirs, je vois apparaître et disparaître parmi la chevelure le petit profil d'épervier. Ses bras tièdes m'étreignent convulsivement...
O tremblant cœur humain...
Qui pourrait résister à de tels embrassements, parmi ces parfums multipliés, cette moiteur nocturne! Je sens que je ne suis plus qu'un être abdiqué. Est-ce ma voix, cette voix qui murmure:
—Ce que tu voudras, ce que tu me demanderas, je le ferai, je le ferai.
Mes sens sont aiguisés, décuplés. Ma tête renversée repose sur un petit genou nerveux et doux. Les nuages d'odeurs tourbillonnent. Il me semble soudain que les lanternes d'or du plafond se mettent à osciller comme des encensoirs géants. Est-ce ma voix, cette voix qui répète dans un rêve:
—Ce que tu voudras, je le ferai.
Presque contre mon visage, j'aperçois celui d'Antinéa; dans les prunelles immenses, une lueur étrange a passé.
Un peu plus loin, je vois les prunelles fulgurantes d'Hiram-Roi. A côté de lui, il y a une petite table de Kairouan, bleu et or. Sur cette table, je vois le timbre qui sert à Antinéa pour appeler. Je vois le marteau dont elle l'a heurté tout à l'heure, un marteau à manche d'ébène très long, à lourde tête d'argent... le marteau avec lequel le petit lieutenant Kaine a donné la mort.