A l'aube, il n'était toujours pas de retour. Il ne rentra que vers midi. Son chameau s'abattit plutôt qu'il ne s'agenouilla.
Son premier coup d'œil fut pour le détachement que j'avais commandé afin d'aller à sa rencontre, et qui, hommes et bêtes, était déjà rassemblé dans la cour, entre les bastions.
Il comprit qu'il avait à s'excuser. Mais il attendit que nous fussions tous deux seuls, pour le déjeuner.
—Je suis navré d'avoir pu vous causer de l'inquiétude. Mais les dunes sous la lune étaient si belles!... Je me suis laissé entraîner assez loin...
—Mon cher, je n'ai pas de reproches à te faire. Tu es libre, et le chef ici. Permets-moi, cependant, de te rappeler certaine phrase sur les pillards Chaamba, et sur les inconvénients qu'il peut y avoir pour un commandant de poste à s'absenter trop longtemps.
Il eut un sourire.
—Je ne déteste pas qu'on ait de la mémoire,—répondit-il simplement.
Il était de bonne, de trop bonne humeur.
—Il ne faut pas m'en vouloir. J'étais parti pour un petit tour, comme d'ordinaire. Puis, la lune s'est levée. Et alors, j'ai reconnu le paysage. C'est par là, il y aura en novembre prochain vingt-trois ans, que Flatters s'est acheminé vers sa destinée, dans une volupté que la certitude de ne pas revenir faisait plus âcre et plus immense.
—Drôle de mentalité pour un chef de mission,—murmurai-je.