—Ne proteste pas,—dit-il sur un ton dont la raillerie résonne encore à mes oreilles.—Ne proteste pas. Ce que je fais est utile pour moi, pas pour toi.

Je le regardai sans comprendre.

—Pas pour toi, sidi lieutenant, pas pour toi,—fit-il de sa voix grave,—car tu reviendras, et ce jour-là, ne compte plus sur la complaisance de Cegheïr-ben-Cheïkh.

—Je reviendrai?—murmurai-je en frissonnant.

—Tu reviendras, tu reviendras,—fit le Targui.

Il était debout, statue sombre au flanc du rocher gris.

—Tu reviendras,—reprit-il avec force.—Tu fuis maintenant, mais tu te trompes, si tu te figures revoir ton monde avec les mêmes yeux que lorsque tu l'as quitté. Une pensée, la même, va te suivre désormais partout, et un jour, dans un an, dans cinq, dans dix peut-être, tu repasseras par ce même couloir sous lequel tu viens de passe.

—Tais-toi, Cegheïr-ben-Cheïkh!—fit la voix frémissante de Tanit-Zerga.

—Tais-toi, toi-même, vilaine petite mouche,—dit Cegheïr-ben-Cheïkh.

Il eut un ricanement.