—C'est vrai,—murmurai-je,—moi aussi, une fois, en plein désert, au Tidi-Kelt, j'ai senti cela.
Jusque-là, je l'avais laissé s'exalter sans l'interrompre. Je compris trop tard la faute que j'avais commise en plaçant cette malheureuse phrase.
Son mauvais rire nerveux l'avait repris.
—Ah! vraiment, au Tidi-Kelt? Mon cher, je t'en conjure, dans ton intérêt, si tu ne veux pas te ridiculiser, évite ce genre de réminiscence. Tiens, tu me rappelles Fromentin, ou ce pauvre Maupassant, qui a parlé du désert parce qu'il était allé jusqu'à Djelfa, à deux jours de la rue Bab-Azoun et de la place du Gouvernement, à quatre jours de l'avenue de l'Opéra;—et qui, pour avoir vu près de Bou-Sâada un malheureux chameau en train de crever, s'est cru en plein Sahara, sur l'antique voie des caravanes... Le Tidi-Kelt, le désert!
—Il me semble pourtant qu'In-Salah...—dis-je, un peu vexé.
—In-Salah? Le Tidi-Kelt! Mais, mon pauvre ami, la dernière fois que j'y suis passé, il y avait autant de vieux journaux et de boîtes de sardines vides que le dimanche, au bois de Vincennes.
Une partialité, un si évident désir de me froisser me firent oublier ma réserve.
—Evidemment,—répondis-je avec aigreur,—je ne suis pas allé, moi, jusque...
Je m'étais arrêté. Mais il était déjà trop tard.
Il me regardait, bien en face.