A mesure qu'il parlait avec une si aimable franchise, je sentais une immense joie à voir mes pires craintes de tout à l'heure se dissiper. J'éprouvais néanmoins la mauvaise envie de lui marquer quelque réserve, pour avoir ainsi disposé, à distance, sans que j'eusse été consulté, de ma compagnie.

—Je vous suis très reconnaissant, mon capitaine, d'aussi flatteuses paroles. Quand désirez-vous que nous quittions Ouargla?

Il eut un geste de complet désintéressement:

—Mais, quand vous voudrez. Demain, ce soir. Je vous ai retardé. Vos préparatifs doivent être achevés depuis longtemps.

Ma petite manœuvre s'était retournée contre moi, qui n'avais pas mis dans mes projets de partir avant la semaine suivante.

—Demain, mon capitaine? Mais... vos bagages?

Il eut un bon sourire.

—Je croyais qu'il fallait se faire suivre du moins d'objets possible. Quelques effets, du papier: mon brave chameau n'a pas eu de peine à porter cela. Pour le reste, je m'en remets à vos conseils et aux ressources d'Ouargla.

J'étais battu. Je n'avais plus rien à objecter. Et d'ailleurs, une telle liberté d'esprit et de manières me séduisait déjà étrangement.

—Eh bien,—dirent mes camarades, quand l'heure de l'apéritif nous eut rassemblés.—Il a l'air tout à fait épatant, ton capitaine.