Tout le temps que dura ce déluge, une heure, deux peut-être, Morhange et moi demeurâmes, sans un mot, penchés sur cette fantastique cuve, anxieux de voir, de voir toujours, de voir quand même, nous complaisant avec une espèce d'horreur ineffable à sentir osciller, sous les coups de bélier de l'eau, le piton de basalte où nous avions trouvé refuge. Je crois que pas un instant nous ne songeâmes, tant ce fut beau, à souhaiter la fin de ce gigantesque cauchemar.

Enfin, un rayon de soleil brilla. Alors, seulement, nous nous regardâmes.

Morhange me tendit la main.

—Merci,—me dit-il simplement.

Et il ajouta en souriant:

—Finir noyés au beau milieu du Sahara eût été prétentieux et ridicule. Vous nous avez, grâce à votre esprit de décision, évité cette fin paradoxale.

Ah! que n'a-t-il, son chameau ayant buté, roulé pour toujours au milieu de ce flot! Ce qui est arrivé ensuite ne serait pas arrivé: voilà à quoi je songe aux heures de faiblesse. Mais je te l'ai dit, je me reprends bien vite. Non, non, je ne regrette pas, je ne peux pas regretter que ce qui a eu lieu depuis ait eu lieu.

Morhange me quitta pour pénétrer dans la petite grotte, où s'entendaient les gloussements satisfaits des chameaux de Bou-Djema. Je restai seul à contempler le torrent qui montait, montait sans cesse, sous l'apport impétueux de ses affluents déchaînés. Il ne pleuvait plus. Le soleil brillait au ciel redevenu bleu. Je sentais sécher sur moi, avec une incroyable rapidité, mes vêtements, une minute auparavant tout trempés.

Une main se posa sur mon épaule. Morhange était de nouveau à côté de moi. Un étrange sourire de satisfaction éclairait son visage.

—Venez,—me dit-il.