Au réveil, tandis que j'étais en train de repérer sur la carte notre itinéraire de la journée, Morhange s'approcha de moi. Je remarquai son air un peu gêné.

—Nous serons dans trois jours à Shikh-Salah,—lui dis-je.—Peut-être même après-demain soir, pour peu que nos chameaux marchent bien.

—Nous allons peut-être nous séparer avant,—articula-t-il.

—Comment cela?

—Oui, j'ai modifié légèrement mon itinéraire. Je n'ai plus l'intention de marcher directement sur Timissao. Auparavant, je serais heureux de pousser une petite pointe à l'intérieur du massif du Hoggar.

Je fronçai le sourcil:

—Qu'est-ce que cette nouvelle idée?

En même temps, mes yeux cherchaient Eg-Anteouen, que, la veille et quelques instants plus tôt, j'avais pu voir s'entretenant avec Morhange. Il était en train de raccommoder placidement une de ses sandales avec du fil poissé donné par Bou-Djema. Il ne releva pas la tête.

—Voici,—expliqua Morhange, de moins en moins à l'aise.—La présence d'inscriptions analogues m'est signalée par cet homme dans plusieurs cavernes du Hoggar occidental. Ces cavernes se trouvent à proximité du chemin qu'il a à faire pour rentrer chez lui. Il doit passer par Tit. Or, de Tit à Timissao, par Silet, il y a à peine deux cents kilomètres. C'est un parcours quasi classique[7], de moitié plus court que celui que j'aurais à faire seul, quand nous nous serions quitté, de Shikh-Salah à Timissao. Vous voyez, c'est aussi un peu la raison qui me pousse à...

—Un peu? Très peu,—répliquai-je.—Mais votre parti est-il absolument arrêté?