—Bon,—murmura Morhange,—au tour de celui-là maintenant, va-t-il devenir fou!
L'œil fixé sur Eg-Anteouen, je le vis sans mot dire se précipiter vers la pierre où était disposé notre couvert; une seconde après, il était de nouveau à nos côtés, tenant le plat de laitue auquel nous n'avions pas encore touché.
Il prit alors dans la gamelle de Bou-Djema une feuille verte et charnue, large et pâle, et la rapprocha d'une autre feuille qu'il venait de saisir dans notre plat, à nous.
—Afahlehlé!—dit-il simplement.
Un frisson me secoua, ainsi que Morhange—c'était donc là l'afahlehlé, le falesiez des Arabes sahariens, la terrible plante qui avait frappé de mort, plus vite et plus sûrement que les armes touareg, une partie de la mission Flatters.
Eg-Anteouen était maintenant debout. Sa haute silhouette se profilait en noir sur le ciel devenu tout à coup d'un lilas très pâle. Il nous regardait.
Et, comme nous nous empressions auprès du malheureux guide:
—Afahlehlé,—répéta le Targui en secouant la tête.
Bou-Djema mourut au milieu de la nuit, sans avoir repris connaissance.