Sur le seuil de la porte se tenait un petit homme, au crâne chauve, à la figure jaune et pointue à demi-cachée par une énorme paire de lunettes vertes, avec une petite barbe poivre et sel. Peu de linge apparent, mais une impressionnante cravate à plastron cerise. Un pantalon blanc, du genre appelé flottard. Des babouches de cuir rouge constituaient le seul détail oriental de son costume.
Il portait, non sans ostentation, la rosette d'officier de l'Instruction publiques.
Il ramassa les feuillets que, dans son ébahissement, Morhange avait laissé choir, les compta, les reclassa, et, nous ayant jeté un regard courroucé, agita une sonnette de cuivre.
La portière se souleva de nouveau. Un gigantesque Targui blanc entra. Il me sembla reconnaître en lui un des génies de la caverne[10].
—Ferradji,—demanda avec colère le petit officier de l'Instruction publique,—pourquoi a-t-on conduit ces messieurs dans la bibliothèque?
Le Targui s'inclina respectueusement.
—Cegheïr-ben-Cheïkh est revenu plus tôt qu'on ne l'attendait, sidi,—répondit-il,—et les embaumeurs n'avaient pas terminé hier soir leur besogne. On les a conduits ici en attendant, acheva-t-il en nous désignant.
—C'est bon, tu peux te retirer,—fit rageusement le petit homme.
Ferradji gagna la porte à reculons. Sur le seuil, il s'arrêta et dit encore:
—J'ai à te rappeler, sidi, que la table est servie.