—Suivez-moi. Il est temps que vous appreniez.

CHAPITRE X
LA SALLE DE MARBRE ROUGE

Nous traversâmes derechef une interminable suite d'escaliers et de couloirs à la suite de M. Le Mesge.

—On perd tout sentiment de l'orientation, au milieu de ce labyrinthe,—murmurai-je à Morhange.

—On perdrait surtout la tête,—répondit à mi-voix mon compagnon.—Ce vieux fou est incontestablement fort savant. Mais Dieu sait où il veut en venir. Enfin, il a promis que nous allions savoir.

M. Le Mesge s'était arrêté devant une lourde porte obscure, toute incrustée de signes bizarres. Ayant fait jouer la serrure, il ouvrit.

—Messieurs, je vous en prie,—dit-il,—passez.

Une bouffée d'air froid nous frappa en plein visage. Il régnait une véritable température de cave dans la nouvelle salle où nous venions de pénétrer.

L'obscurité me permit d'abord assez mal d'apprécier ses proportions. L'éclairage, volontairement restreint, consistait en douze énormes lampes de cuivre, formant colonnes, posées à même le sol, brillantes de larges flammes rouges. Quand nous entrâmes, le vent du corridor fit osciller ces flammes qui agitèrent, une minute, autour de nous, nos ombres agrandies et étrangement déformées. Puis, le souffle se tassa, et les flammes redevenues rigides dardèrent de nouveau parmi les ténèbres leurs immobiles becs rouges.

Ces douze lampadaires géants (chacun avait environ trois mètres de hauteur) étaient disposés en une sorte de couronne, dont le diamètre avait pour le moins cinquante pieds. Au milieu de cette couronne, un tas sombre m'apparut, tout strié de tremblants reflets rouges. En m'approchant, je discernai une source jaillissante. C'était cette eau fraîche qui entretenait la température dont j'ai parlé.