Est-ce là tout, fantasque?
Quoi! si la déloyale enfin lève le masque,
Oses-tu te fâcher d'être désabusé?
Apprends qu'il te faut être en amour plus rusé; 950
Apprends que les discours des filles bien sensées[670]
Découvrent rarement le fond de leurs pensées,
Et que les yeux aidant à ce déguisement,
Notre sexe a le don de tromper finement.
Apprends aussi de moi que ta raison s'égare, 955
Que Mélite n'est pas une pièce si rare,
Qu'elle soit seule ici qui vaille la servir[671];
Assez d'autres objets y sauront te ravir[672].
Ne t'inquiète point pour une écervelée
Qui n'a d'ambition que d'être cajolée, 960
Et rend à plaindre ceux qui flattant ses beautés[673]
Ont assez de malheur pour en être écoutés.
Damon lui plut jadis, Aristandre, et Géronte[674];
Éraste après deux ans n'y voit pas mieux son conte[675];
Elle t'a trouvé bon seulement pour huit jours; 965
Philandre est aujourd'hui l'objet de ses amours,
Et peut-être déjà (tant elle aime le change[676]!)
Quelque autre nouveauté le supplante et nous venge.
Ce n'est qu'une coquette avec tous ses attraits[677];
Sa langue avec son cœur ne s'accorde jamais; 970
Les infidélités font ses jeux ordinaires;
Et ses plus doux appas sont tellement vulgaires,
Qu'en elle homme d'esprit n'admira jamais rien
Que le sujet pourquoi tu lui voulois du bien.

TIRCIS.

Penses-tu m'arrêter par ce torrent d'injures[678]? 975
Que ce soient vérités, que ce soient impostures,>
Tu redoubles mes maux, au lieu de les guérir.
Adieu: rien que la mort ne peut me secourir.


SCÈNE V.

CLORIS.

Mon frère.... Il s'est sauvé; son désespoir l'emporte:
Me préserve le ciel d'en user de la sorte! 980
Un volage me quitte, et je le quitte aussi:
Je l'obligerois trop de m'en mettre en souci.
Pour perdre des amants, celles qui s'en affligent
Donnent trop d'avantage à ceux qui les négligent;
Il n'est lors que la joie: elle nous venge mieux, 985
Et la fît-on à faux éclater par les yeux,
C'est montrer par bravade à leur vaine inconstance[679]
Qu'elle est pour nous toucher de trop peu d'importance.
Que Philandre à son gré rende ses vœux contents;
S'il attend que j'en pleure, il attendra longtemps. 990
Son cœur est un trésor dont j'aime qu'il dispose;
Le larcin qu'il m'en fait me vole peu de chose.
Et l'amour qui pour lui m'éprit si follement
M'avoit fait bonne part de son aveuglement.
On enchérit pourtant sur ma faute passée: 995
Dans la même folie une autre embarrassée[680]
Le rend encor parjure, et sans âme, et sans foi,
Pour se donner l'honneur de faillir après moi.
Je meure, s'il n'est vrai que la moitié du monde[681]
Sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde. 1000
A cause qu'il parut quelque temps m'enflammer,
La pauvre fille a cru qu'il valoit bien l'aimer,
Et sur cette croyance elle en a pris envie:
Lui pût-elle durer jusqu'au bout de sa vie!
Si Mélite a failli me l'ayant débauché, 1005
Dieux, par là seulement punissez son péché!
Elle verra bientôt que sa digne conquête[682]
N'est pas une aventure à me rompre la tête.
Un si plaisant malheur m'en console à l'instant.
Ah! si mon fou de frère en pouvoit faire autant[683], 1010
Que j'en aurois de joie, et que j'en ferois gloire!
Si je puis le rejoindre et qu'il me veuille croire,
Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret
Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret.
Je me veux toutefois en venger par malice, 1015
Me divertir une heure à m'en faire justice:
Ces lettres fourniront assez d'occasion
D'un peu de défiance et de division.
Si je prends bien mon temps, j'aurai pleine matière
A les jouer tous deux d'une belle manière. 1020
En voici déjà l'un qui craint de m'aborder.


SCÈNE VI.