PYMANTE, DORISE.
PYMANTE, regardant une aiguille qu'elle avoit laissée par mégarde dans ses cheveux en se déguisant[1062].
En vain pour m'éblouir vous usez de la ruse,
Mon esprit, quoique lourd, aisément ne s'abuse; 850
Ce que vous me cachez, je le lis dans vos yeux:
Quelque revers d'amour vous conduit en ces lieux;
N'est-il pas vrai, Monsieur? et même cette aiguille
Sent assez les faveurs de quelque belle fille[1063]:
Elle est, ou je me trompe, un gage de sa foi[1064]. 855
DORISE.
O malheureuse aiguille! Hélas! c'est fait de moi.
PYMANTE.
Sans doute votre plaie à ce mot s'est rouverte.
Monsieur, regrettez-vous son absence, ou sa perte?
Vous auroit-elle bien pour un autre quitté[1065],
Et payé vos ardeurs d'une infidélité? 860
Vous ne répondez point; cette rougeur confuse,
Quoique vous vous taisiez, clairement vous accuse.
Brisons là: ce discours vous fâcheroit enfin,
Et c'étoit pour tromper la longueur du chemin,
Qu'après plusieurs discours, ne sachant que vous dire[1066],
J'ai touché sur un point dont votre cœur soupire,
Et de quoi fort souvent on aime mieux parler
Que de perdre son temps à des propos[1067] en l'air[1068].
DORISE.
Ami, ne porte plus la sonde en mon courage:
Ton entretien commun me charme davantage; 870
Il ne peut me lasser, indifférent qu'il est[1069];
Et ce n'est pas aussi sans sujet qu'il me plaît.
Ta conversation est tellement civile,
Que pour un tel esprit ta naissance est trop vile;
Tu n'as de villageois que l'habit et le rang; 875
Tes rares qualités te font d'un autre sang;
Même, plus je te vois, plus en toi je remarque
Des traits pareils à ceux d'un cavalier de marque:
Il s'appelle Pymante, et ton air et ton port
Ont avec tous les siens un merveilleux rapport[1070]. 880
PYMANTE.