Ami, ce nom si beau
Chez vous donc se profane à garder un troupeau?

PYMANTE.

Madame, il ne faut plus que mon feu vous déguise[1071]
Que sous ces faux habits il reconnoît Dorise. 890
Je ne suis point surpris de me voir dans ces bois[1072]
Ne passer à vos yeux que pour un villageois;
Votre haine pour moi fut toujours assez forte
Pour déférer sans peine à l'habit que je porte.
Cette fausse apparence aide et suit vos mépris; 895
Mais cette erreur vers vous ne m'a jamais surpris;
Je sais trop que le ciel n'a donné l'avantage
De tant de raretés qu'à votre seul visage:
Sitôt que je l'ai vu, j'ai cru voir en ces lieux
Dorise déguisée, ou quelqu'un de nos Dieux; 900
Et si j'ai quelque temps feint de vous méconnoître
En vous prenant pour tel que vous vouliez paroître,
Admirez mon amour, dont la discrétion
Rendoit à vos desirs cette submission,
Et disposez de moi, qui borne mon envie 905
A prodiguer pour vous tout ce que j'ai de vie.

DORISE.

Pymante, eh quoi! faut-il qu'en l'état où je suis
Tes importunités augmentent mes ennuis?
Faut-il que dans ce bois ta rencontre funeste
Vienne encor m'arracher le seul bien qui me reste, 910
Et qu'ainsi mon malheur au dernier point venu
N'ose plus espérer de n'être pas connu?

PYMANTE.

Voyez comme le ciel égale nos fortunes,
Et comme, pour les faire entre nous deux communes,
Nous réduisant ensemble à ces déguisements, 915
Il montre avoir pour nous de pareils mouvements.

DORISE.

Nous changeons bien d'habits, mais non pas de visages;
Nous changeons bien d'habits, mais non pas de courages;
Et ces masques trompeurs de nos conditions
Cachent, sans les changer, nos inclinations[1073]. 920

PYMANTE.