Monstre de la nature, exécrable bourreau,
Après ce lâche coup qui creuse mon tombeau, 940
D'un compliment railleur ta malice me flatte[1079]!
Fuis, fuis, que dessus toi ma vengeance n'éclate.
Ces mains, ces foibles mains, que vont armer les Dieux,
N'auront que trop de force à t'arracher les yeux,
Que trop à t'imprimer sur ce hideux visage 945
En mille traits de sang les marques de ma rage.
PYMANTE.
Le courroux d'une femme, impétueux d'abord[1080],
Promet tout ce qu'il ose à son premier transport;
Mais comme il n'a pour lui que sa seule impuissance,
A force de grossir il meurt en sa naissance; 950
Ou s'étouffant soi-même, à la fin ne produit
Que point ou peu d'effet après beaucoup de bruit.
DORISE.
Va, va, ne prétends pas que le mien s'adoucisse[1081]:
Il faut que ma fureur ou l'enfer te punisse;
Le reste des humains ne sauroit inventer 955
De gêne qui te puisse à mon gré tourmenter[1082].
Si tu ne crains mes bras, crains de meilleures armes;
Crains tout ce que le ciel m'a départi de charmes:
Tu sais quelle est leur force, et ton cœur la ressent;
Crains qu'elle ne m'assure un vengeur plus puissant. 960
Ce courroux, dont tu ris, en fera la conquête
De quiconque à ma haine exposera ta tête,
De quiconque mettra ma vengeance en mon choix[1083].
Adieu: j'en perds le temps à crier dans ce bois[1084];
Mais tu verras bientôt si je vaux quelque chose, 965
Et si ma rage en vain se promet ce qu'elle ose.
PYMANTE.
J'aime tant cette ardeur à me faire périr,
Que je veux bien moi-même avec vous y courir.
Traître, ne me suis point.
PYMANTE.