Prenez à votre tour quelque pitié des miens,
Madame, et tarissez ce déluge de larmes[1086]: 985
Pour rappeler un mort ce sont de foibles armes;
Et quoi que vous conseille un inutile ennui,
Vos cris et vos sanglots ne vont point jusqu'à lui.
DORISE.
Si mes sanglots ne vont où mon cœur les envoie,
Du moins par eux mon âme y trouvera la voie[1087]: 990
S'il lui faut un passage afin de s'envoler,
Ils le lui vont ouvrir en le fermant à l'air.
Sus donc, sus, mes sanglots! redoublez vos secousses:
Pour un tel désespoir vous les avez trop douces;
Faites pour m'étouffer de plus puissants efforts. 995
Ne songez plus, Madame, à rejoindre les morts[1088];
Pensez plutôt à ceux qui n'ont point d'autre envie[1089]
Que d'employer pour vous le reste de leur vie;
Pensez plutôt à ceux dont le service offert
Accepté vous conserve, et refusé vous perd. 1000
DORISE.
Crois-tu donc, assassin, m'acquérir par ton crime?
Qu'innocent méprisé, coupable je t'estime?
A ce compte, tes feux n'ayant pu m'émouvoir,
Ta noire perfidie obtiendroit ce pouvoir[1090]?
Je chérirois en toi la qualité de traître, 1005
Et mon affection commenceroit à naître
Lorsque tout l'univers a droit de te haïr?
PYMANTE.
Si j'oubliai l'honneur jusques à le trahir,
Si pour vous posséder mon esprit, tout de flamme,
N'a rien cru de honteux, n'a rien trouvé d'infâme, 1010
Voyez par là, voyez l'excès de mon ardeur:
Par cet aveuglement jugez de sa grandeur.
DORISE.