FLORIDAN.

Quel bonheur m'accompagne en ce moment fatal!
Le tonnerre a sous moi foudroyé mon cheval,
Et consumant sur lui toute sa violence, 1105
Il m'a porté respect parmi son insolence.
Tous mes gens, écartés par un subit effroi,
Loin d'être à mon secours, ont fui d'autour de moi,
Ou déjà dispersés par l'ardeur de la chasse,
Ont dérobé leur tête à sa fière menace. 1110
Cependant seul, à pied, je pense à tous moments
Voir le dernier débris de tous les éléments,
Dont l'obstination à se faire la guerre
Met toute la nature au pouvoir du tonnerre.
Dieux, si vous témoignez par là votre courroux, 1115
De Clitandre ou de moi lequel menacez-vous?
La perte m'est égale, et la même tempête
Qui l'auroit accablé tomberoit sur ma tête.
Pour le moins, justes Dieux, s'il court quelque danger[1115],
Souffrez que je le puisse avec lui partager. 1120
J'en découvre à la fin quelque meilleur présage;
L'haleine manque aux vents, et la force à l'orage;
Les éclairs, indignés d'être éteints par les eaux,
En ont tari la source et séché les ruisseaux;
Et déjà le soleil de ses rayons essuie 1125
Sur ces moites rameaux le reste de la pluie.
Au lieu du bruit affreux des foudres décochés,
Les petits oisillons, encor demi-cachés[1116]....
Mais je verrai bientôt quelques-uns de ma suite:
Je le juge à ce bruit.


SCÈNE IV.

FLORIDAN, PYMANTE, DORISE[1117].

PYMANTE saisit Dorise qui le fuyoit[1118].

Enfin, malgré ta fuite, 1130
Je te retiens, barbare.

DORISE.

Hélas!