FLORIDAN.

Tu me fais assez lire au fond de ton courage[1163]:
La crainte de la mort en chasse des appas
Qui t'ont mis au péril d'un si honteux trépas, 1320
Puisque sans cet amour la fourbe mal conçue[1164]
Eût manqué contre toi de prétexte et d'issue;
Ou peut-être à présent tes desirs amoureux
Tournent vers des objets un peu moins rigoureux[1165].

CLITANDRE.

Doux ou cruels, aucun désormais ne me touche. 1325

FLORIDAN.

L'amour dompte aisément l'esprit le plus farouche;
C'est à ceux de notre âge un puissant ennemi:
Tu ne connois encor ses forces qu'à demi;
Ta résolution, un peu trop violente,
N'a pas bien consulté ta jeunesse bouillante. 1330
Mais que veux-tu, Cléon, et qu'est-il arrivé[1166]?
Pymante de vos mains se seroit-il sauvé?

CLÉON.

Non, Seigneur: acquittés de la charge commise[1167],
Vos veneurs ont conduit Pymante, et moi Dorise;
Et je viens seulement prendre un ordre nouveau[1168]. 1335

FLORIDAN.

Qu'on m'attende avec eux aux portes du château.
Allons, allons au Roi montrer ton innocence[1169];
Les auteurs des forfaits sont en notre puissance;
Et l'un d'eux, convaincu dès le premier aspect,
Ne te laissera plus aucunement suspect. 1340