STANCES SUR LES ŒUVRES DE MONSIEUR CORNEILLE.
Corneille, occupant nos esprits,
Fait voir par ces divins écrits
Que nous vivions dans l'ignorance,
Et je crois que tout l'univers
Saura bientôt que notre France
N'a que lui seul qui fait des vers.
La nature tout à loisir
A pris un extrême plaisir
A créer ta veine animée,
Et parlant ainsi que les Dieux,
Le temps veut que la renommée
T'aille publier en tous lieux.
Apollon forma ton esprit,
Et d'un soin merveilleux t'apprit
Le moyen de charmer des hommes[1261];
Il t'a rendu par son métier
L'oracle du siècle où nous sommes,
Comme son unique héritier.
Beaulieu.
A LA VEUVE DE MONSIEUR CORNEILLE.
SONNET.
Clarice, un temps si long sans te montrer au jour
M'a fait appréhender que le deuil du veuvage,
Ayant terni l'éclat des traits de ton visage,
T'empêchât d'établir parmi nous ton séjour.
Mais tant de grands esprits, ravis de ton amour,
Parlent de tes appas dans un tel avantage
Qu'après eux tout l'orgueil des beautés de cet âge
Doit tirer vanité de te faire la cour.
Parois donc librement, sans craindre que tes charmes
Te suscitent encor de nouvelles alarmes,
Exposée aux efforts d'un second ravisseur;