Vous comptez sans votre hôte, et vous pourrez apprendre
Que ce n'est pas sans moi que ce jour se doit prendre. 640
De vos prétentions Alcidon averti[1389]
Vous fera, s'il m'en croit, un dangereux parti[1390].
Je lui vais bien donner de plus sûres adresses
Que d'amuser Doris par de fausses caresses;
Aussi bien, m'a-t-on dit, à beau jeu beau retour: 645
Au lieu de la duper avec ce feint-amour,
Elle-même le dupe, et lui rendant son change[1391],
Lui promet un amour qu'elle garde à Florange[1392]:
Ainsi, de tous côtés primé par un rival,
Ses affaires sans moi se porteroient fort mal. 650
SCÈNE V.
ALCIDON, DORIS.
ALCIDON.
Adieu, mon cher souci, sois sûre que mon âme
Jusqu'au dernier soupir conservera sa flamme.
DORIS.
Alcidon, cet adieu me prend au dépourvu.
Tu ne fais que d'entrer; à peine t'ai-je vu:
C'est m'envier trop tôt le bien de ta présence. 655
De grâce, oblige-moi d'un peu de complaisance[1393],
Et puisque je te tiens, souffre qu'avec loisir
Je puisse m'en donner un peu plus de plaisir.
ALCIDON.
Je t'explique si mal le feu qui me consume[1394],
Qu'il me force à rougir d'autant plus qu'il s'allume. 660
Mon discours s'en confond, j'en demeure interdit;
Ce que je ne puis dire est plus que je n'ai dit:
J'en hais les vains efforts de ma langue grossière,
Qui manquent de justesse en si belle matière,
Et ne répondant point aux mouvements du cœur, 665
Te découvrent si peu le fond de ma langueur.
Doris, si tu pouvois lire dans ma pensée,
Et voir jusqu'au milieu de mon âme blessée[1395],
Tu verrois un brasier bien autre et bien plus grand[1396]
Qu'en ces foibles devoirs que ma bouche te rend. 670