Après sa trahison, vois ma fidélité: 805
Il t'enlève un objet que je t'avois quitté.
Ta Doris fut toujours la reine de mon âme;
J'ai toujours eu pour elle une secrète flamme,
Sans jamais témoigner que j'en étois épris,
Tant que tes feux ont pu te promettre ce prix; 810
Mais je te l'ai quittée, et non pas à Florange.
Quand je t'aurai vengé, contre lui je me venge,
Et je lui fais savoir que jusqu'à mon trépas[1422],
Tout autre qu'Alcidon ne l'emportera pas.
ALCIDON.
Pour moi donc à ce point ta contrainte est venue! 815
Que je te veux de mal[1423] de cette retenue!
Est-ce ainsi qu'entre amis on vit à cœur ouvert?
CÉLIDAN.
Mon feu, qui t'offensoit, est demeuré couvert;
Et si cette beauté malgré moi l'a fait naître,
J'ai su pour ton respect l'empêcher de paroître. 820
ALCIDON.
Hélas! tu m'as perdu, me voulant obliger;
Notre vieille amitié m'en eût fait dégager[1424].
Je souffre maintenant la honte de sa perte,
Et j'aurois eu l'honneur de te l'avoir offerte,
De te l'avoir cédée, et réduit mes desirs 825
Au glorieux dessein d'avancer tes plaisirs.
Faites, Dieux tout-puissants, que Philiste se change[1425],
Et l'inspirant bientôt de rompre avec Florange,
Donnez-moi le moyen de montrer qu'à mon tour
Je sais pour un ami contraindre mon amour[1426]. 830
CÉLIDAN.
Tes souhaits arrivés, nous t'en verrions dédire;
Doris sur ton esprit reprendroit son empire:
Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous.
ALCIDON.