L'effet a dû t'apprendre,
Quand on feint avec moi, que je sais bien le rendre.
Mais je reviens à toi. Tu fais donc tant de bruit
Afin qu'après un autre en recueille le fruit; 1510
Et c'est à ce dessein que ta fausse colère
Abuse insolemment de l'esprit de mon frère?
ALCIDON.
Ce qu'il a pris de part en mes ressentiments
Apporte seul du trouble à tes contentements[1539];
Et pour moi, qui vois trop ta haine par ce change 1515
Qui t'a fait sans raison me préférer Florange[1540],
Je n'ose plus t'offrir un service odieux.
DORIS.
Tu ne fais pas tant mal. Mais pour faire encor mieux,
Puisque tu reconnois ma véritable haine,
De moi ni de mon choix ne te mets point en peine. 1520
C'est trop manquer de sens; je te prie, est-ce à toi,
A l'objet de ma haine, à disposer de moi?
ALCIDON.
Non; mais puisque je vois à mon peu de mérite
De ta possession l'espérance interdite,
Je sentirois mon mal puissamment soulagé[1541], 1525
Si du moins un ami m'en étoit obligé.
Ce cavalier, au reste, a tous les avantages
Que l'on peut remarquer aux plus braves courages,
Beau de corps et d'esprit, riche, adroit, valeureux,
Et surtout de Doris à l'extrême amoureux. 1530
DORIS.
Toutes ces qualités n'ont rien qui me déplaise,
Mais il en a de plus une autre fort mauvaise,
C'est qu'il est ton ami: cette seule raison
Me le feroit haïr, si j'en savois le nom.
ALCIDON.