Puisque vous le voulez, Monsieur, je suis contente
De voir qu'un bon succès a trompé leur attente[1549]; 1580
Et me résolvant même à perdre à l'avenir
De toute ma douleur l'odieux souvenir[1550],
J'estime que la perte en sera plus aisée,
Si j'ignore les noms de ceux qui l'ont causée.
C'est assez que je sais qu'à votre heureux secours 1585
Je dois tout le bonheur du reste de mes jours[1551].
Philiste autant que moi vous en est redevable;
S'il a su mon malheur, il est inconsolable;
Et dans son désespoir sans doute qu'aujourd'hui
Vous lui rendez la vie en me rendant à lui. 1590
Disposez du pouvoir et de l'un et de l'autre[1552];
Ce que vous y verrez, tenez-le comme au vôtre;
Et souffrez cependant qu'on le puisse avertir
Que nos maux en plaisirs se doivent convertir[1553].
La douleur trop longtemps règne sur son courage. 1595

CÉLIDAN.

C'est à moi qu'appartient l'honneur de ce message;
Mon secours, sans cela, comme de nul effet,
Ne vous auroit rendu qu'un service imparfait.

CLARICE.

Après avoir rompu les fers d'une captive,
C'est tout de nouveau prendre une peine excessive, 1600
Et l'obligation que j'en vais vous avoir
Met la revanche hors de mon peu de pouvoir.
Ainsi dorénavant, quelque espoir qui me flatte[1554],
Il faudra malgré moi que j'en demeure ingrate.

CÉLIDAN.

En quoi que mon service oblige votre amour, 1605
Vos seuls remercîments me mettent à retour[1555].


SCÈNE II.