CÉLIDAN, à Philiste.
Puisque son désespoir vous découvre un mystère
Que ma discrétion vous avoit voulu taire,
C'est à moi de montrer quel étoit mon dessein.
Il est vrai qu'en ce coup je lui prêtai la main:
La peur que j'eus alors qu'après ma résistance 1935
Il ne trouvât ailleurs trop fidèle[1598] assistance....
PHILISTE, à Célidan.
Quittons là ce discours, puisqu'en cette action
La fin m'éclaircit trop de ton intention,
Et ta sincérité se fait assez connoître.
Je m'obstinois tantôt dans le parti d'un traître; 1940
Mais au lieu d'affoiblir vers toi mon amitié,
Un tel aveuglement te doit faire pitié.
Plains-moi, plains mon malheur, plains mon trop de franchise,
Qu'un ami déloyal a tellement surprise;
Vois par là comme j'aime, et ne te souviens plus[1599] 1945
Que j'ai voulu te faire un injuste refus.
Fais, malgré mon erreur, que ton feu persévère;
Ne punis point la sœur de la faute du frère;
Et reçois de ma main celle que ton desir,
Avant mon imprudence, avoit daigné choisir[1600]. 1950
CLARICE, à Célidan.
Une pareille erreur me rend toute confuse;
Mais ici mon amour me servira d'excuse:
Il serre nos esprits d'un trop étroit lien
Pour permettre à mon sens de s'éloigner du sien.
CÉLIDAN.
Si vous croyez encor que cette erreur me touche, 1955
Un mot me satisfait de cette belle bouche;
Mais, hélas! quel espoir ose rien présumer[1601],
Quand on n'a pu servir, et qu'on n'a fait qu'aimer?
DORIS.
Réunir les esprits d'une mère et d'un frère,
Du choix qu'ils m'avoient fait avoir su me défaire, 1960
M'arracher à Florange et m'ôter Alcidon,
Et d'un cœur généreux me faire l'heureux don,
C'est avoir su me rendre un assez grand service
Pour espérer beaucoup avec quelque justice.
Et puisqu'on me l'ordonne, on peut vous assurer 1965
Qu'alors que j'obéis, c'est sans en murmurer.