Voici la reproduction exacte du titre que porte l'édition originale de la première comédie de Corneille:
Melite, ov les favsses lettres. Piece Comique. A Paris, chez François Targa, au premier pillier de la grande Salle du Palais, deuant les Consultations, au Soleil d'or. M.DC.XXXIII. Auec priuilege du Roy.
Cette pièce forme un volume in-4o, qui se compose de 6 feuillets non chiffrés et de 150 pages. L'exposé du privilége «donné à Sainct Germain en Laye, le dernier iour de Ianuier mil six cens trente trois» est ainsi conçu: «Nostre bien amé François Targa Marchand Libraire de nostre bonne ville Paris, nous a fait remonstrer qu'il a nouuellement recouuré vn Liure intitulé Melite, ou les fausses Lettres. Piece Comique, faicte par Me Pierre Corneille, Aduocat en nostre Cour de Parlement de Roüen, qu'il desireroit faire imprimer et mettre en vente....»
On lit à la fin: «Acheué d'Imprimer pour la premiere fois, le douziéme iour de Feurier mil six cens trente-trois.»
Il est à remarquer que dans son édition de 1644, Corneille a supprimé les sous-titres qu'il avait donnés à ses premières pièces. A partir de cette époque Mélite ou les Fausses lettres, Clitandre ou l'Innocence délivrée, la Veuve ou le Traître trahi, la Galerie du Palais ou l'Amie rivale, la Place Royale ou l'Amoureux extravagant, deviennent tout simplement Mélite, Clitandre, la Veuve, la Galerie du Palais, etc. Ces sortes de paraphrases, encore en usage aujourd'hui sur les affiches de nos petits théâtres de province, étaient dès lors passées de mode.
A MONSIEUR DE LIANCOUR[444].
Monsieur,
Mélite seroit trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre; elle vous doit cet hommage et cette légère reconnoissance de tant d'obligations qu'elle vous a: non qu'elle présume par là s'en acquitter en quelque sorte, mais seulement pour les publier à toute la France. Quand je considère le peu de bruit qu'elle fit à son arrivée à Paris, venant d'un homme qui ne pouvoit sentir que la rudesse de son pays, et tellement inconnu qu'il étoit avantageux d'en taire le nom; quand je me souviens, dis-je, que ses trois premières représentations ensemble n'eurent point tant d'affluence que la moindre de celles qui les suivirent dans le même hiver, je ne puis rapporter de si foibles commencements qu'au loisir qu'il falloit au monde pour apprendre que vous en faisiez état[445], ni des progrès si peu attendus qu'à votre approbation, que chacun se croyoit obligé de suivre après l'avoir sue[446]. C'est de là, Monsieur, qu'est venu tout le bonheur de Mélite; et quelques hauts effets qu'elle ait produits depuis, celui dont je me tiens le plus glorieux, c'est l'honneur d'être connu de vous, et de vous pouvoir souvent assurer de bouche que je serai toute ma vie,
MONSIEUR,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,