SCÈNE II.

MÉLITE, ÉRASTE, TIRCIS

ÉRASTE.

De deux amis, Madame, apaisez la querelle[499].
Un esclave d'Amour le défend d'un rebelle,
Si toutefois un cœur qui n'a jamais aimé,
Fier et vain qu'il en est, peut être ainsi nommé. 140
Comme dès le moment que je vous ai servie
J'ai cru qu'il étoit seul la véritable vie,
Il n'est pas merveilleux que ce peu de rapport
Entre nos deux esprits sème quelque discord[500].
Je me suis donc piqué contre sa médisance, 145
Avec tant de malheur ou tant d'insuffisance,
Que des droits si sacrés et si pleins d'équité[501]
N'ont pu se garantir de sa subtilité,
Et je l'amène ici, n'ayant plus que répondre[502],
Assuré que vos yeux le sauront mieux confondre. 150

MÉLITE.

Vous deviez l'assurer plutôt qu'il trouveroit
En ce mépris d'Amour qui le seconderoit.

TIRCIS.

Si le cœur ne dédit ce que la bouche exprime,
Et ne fait de l'amour une plus haute estime[503],
Je plains les malheureux à qui vous en donnez, 155
Comme à d'étranges maux par leur sort destinés.

MÉLITE.