Il est vrai: je ne puis vous le dissimuler;
Il faut que je vous traite avec toute franchise.
Alors que je vous pris, un autre[319] m'avoit prise,1670
Un autre captivoit mes inclinations[320].
Vous devez présumer de vos perfections
Que si vous attaquiez un cœur qui fût à prendre,
Il seroit malaisé qu'il s'en pût bien défendre.
Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné;1675
Mais puisque les destins ainsi l'ont ordonné,
Tant que ma passion aura quelque espérance,
N'attendez rien de moi que de l'indifférence.
DORIMANT.
Vous ne m'apprenez point le nom de cet amant:
Sans doute que Lysandre est cet objet charmant1680
Dont les discours flatteurs vous ont préoccupée.
Cela ne se dit point à des hommes d'épée:
Vous exposer aux coups d'un duel hasardeux,
Ce seroit le moyen de vous perdre tous deux.
Je vous veux, si je puis, conserver l'un et l'autre;1685
Je chéris sa personne, et hais si peu la vôtre,
Qu'ayant perdu l'espoir de le voir mon époux,
Si ma mère y consent, Hippolyte est à vous;
Mais aussi jusque-là plaignez votre infortune.
DORIMANT.
Permettez pour ce nom que je vous importune[321];1690
Ne me refusez plus de me le déclarer:
Que je sache en quel temps j'aurai droit d'espérer.
Un mot me suffira pour me tirer de peine;
Et lors j'étoufferai si bien toute ma haine,
Que vous me trouverez vous-même trop remis.1695