En ce cas, il verra que je sais comme il faut
Punir des insolents qui prétendent trop haut.

AMARANTE.

Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme,
Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame,310
Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté.

DAPHNIS.

Amarante, après tout disons la vérité:
Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie,
Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie[420];
Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien[421];
Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien.


SCÈNE IX.

AMARANTE.

Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme,
On devine aisément qu'elle en veut à Florame.
Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux,
Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts.320
Sa surprise à ce mot a paru manifeste;
Son teint en a changé, sa parole, son geste.
L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux,
Et je crois que Théante en est le moins jaloux.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée.325
Être toujours des yeux sur un homme arrêtée,
Dans son manque de biens déplorer son malheur,
Juger à sa façon qu'il a de la valeur,
Demander si l'esprit en répond à la mine[422],
Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine.330
Florame en est de même, il meurt de lui parler;
Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler,
C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte!
Que m'importe de perdre une amitié si feinte[423]?
Et que me peut servir un ridicule feu,335
Où jamais de son cœur sa bouche n'a l'aveu?
Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force
Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce,
Et fera son possible à toujours conserver
Ce doux extérieur dont on me veut priver.340

FIN DU PREMIER ACTE.