(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier, chacun dans sa boutique[49].)

LA LINGÈRE.

Vous avez fort la presse à ce livre nouveau;75
C'est pour vous faire riche.

LE LIBRAIRE.

On le trouve si beau[50],
Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie.
Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie[51]!

LA LINGÈRE.

De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu,
A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu;80
Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande:
Elle sied mieux aussi que celle de Hollande,
Découvre moins le fard dont un visage est peint,
Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint[52].
Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique,85
Pour être trop étroite, empêche ma pratique;
A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois:
Je veux changer de place avant qu'il soit un mois;
J'aime mieux en payer le double et davantage,
Et voir ma marchandise en un bel-étalage[53].90

LE LIBRAIRE.

Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends....
Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps?