DAMON.

Arrête: cette fuite est hors de bienséance,1425
Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence.

(Théante le retire du théâtre comme par force[590].)


SCÈNE II.

FLORAME.

Jetterai-je toujours des menaces en l'air,
Sans que je sache enfin à qui je dois parler?
Auroit-on jamais cru qu'elle me fût ravie,
Et qu'on me pût ôter Daphnis avant la vie?1430
Le possesseur du prix de ma fidélité,
Bien que je sois vivant, demeure en sûreté;
Tout inconnu qu'il m'est, il produit ma misère;
Tout mon rival qu'il est, il rit de ma colère[591].
Rival! ah, quel malheur! j'en ai pour me bannir,1435
Et cesse d'en avoir quand je le veux punir.
Grands Dieux, qui m'enviez cette juste allégeance
Qu'un amant supplanté tire de la vengeance,
Et me cachez le bras dont je reçois les coups,
Est-ce votre dessein que je m'en prenne à vous?1440
Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes,
Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes[592];
Qu'à mille impiétés osant me dispenser[593],
A votre foudre oisif je donne où se lancer?
Ah! souffrez qu'en l'état de mon sort déplorable1445
Je demeure innocent, encor que misérable;
Destinez à vos feux d'autres objets que moi:
Vous n'en sauriez manquer, quand on manque de foi.
Employez le tonnerre à punir les parjures,
Et prenez intérêt vous-même à mes injures:1450
Montrez, en me vengeant, que vous êtes des dieux[594],
Ou conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux,
Et qu'on sait dérober d'un rival qui me tue
Le nom à mon oreille, et l'objet à ma vue.
Rival, qui que tu sois, dont l'insolent amour1455
Idolâtre un soleil et n'ose voir le jour,
N'oppose plus ta crainte à l'ardeur qui te presse:
Fais-toi, fais-toi connoître allant voir ta maîtresse.


SCÈNE III.

FLORAME, AMARANTE.