Tu me forces à rire en dépit que j'en aie;
Je souffre tout de toi, mais à condition
D'employer tous tes soins à mon affection[671].140
Dis-moi par quelle ruse il faut....

PHYLIS.

Rentrons, mon frère:
Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire[672].


SCÈNE III.

CLÉANDRE.

Que je dois bien faire pitié
De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique!
J'aime Alidor, j'aime Angélique;145
Mais l'amour cède à l'amitié,
Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle[673]
D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.

Ma bouche ignore mes desirs,
Et de peur de se voir trahi par imprudence,150
Mon cœur n'a point de confidence
Avec mes yeux ni mes soupirs:
Tous mes vœux sont muets, et l'ardeur de ma flamme[674]
S'enferme toute entière au dedans de mon âme.

Je feins d'aimer en d'autres lieux,155
Et pour en quelque sorte alléger mon supplice,
Je porte du moins mon service
A celle qu'elle aime le mieux.
Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine;
Son plus charmant appas[675], c'est d'être sa voisine.160